La Journée Internationale de la Femme Tribune du Secrétaire d’État John Kerry

Le secrétaire d’État John Kerry (Dept. of State)
Le secrétaire d’État John Kerry (Dept. of State)

Pas un jour ne se passe sans qu’on n’entende parler de femmes et de filles à travers le monde qui sont victimes d’actes d’une violence odieuse. Des Irakiennes enlevées et réduites en esclavage par l’EIIL aux jeunes Nigérianes kidnappées et mariées de force, ces tragédies semblent sorties de l’ère médiévale.

Trop souvent, les femmes font les frais de la guerre. Nous avons tous l’obligation de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour mettre fin à cette violence infâme, où qu’elle ait lieu et à chaque fois qu’elle se produit. Mais ces épisodes ne racontent pas toute l’histoire des femmes au 21e siècle.

Je voudrais proposer un autre titre, un autre récit. Si leurs actions ne font pas nécessairement la une des journaux, les femmes s’attaquent pourtant aux enjeux planétaires les plus pressants. Au prix de risques considérables, elles luttent contre la pauvreté, la discrimination et la violence pour que leur famille, leur société et leur pays connaissent des jours meilleurs.

Dans mes déplacements en qualité de secrétaire d’État, je vois le pouvoir des femmes au quotidien dans tous les pays où je me rends – de l’Afghanistan, où elles ouvrent de nouveaux horizons à la prochaine génération, au Libéria, où la présidente Ellen Johnson Sirleaf s’emploie à asseoir la démocratie.

Vendredi, le département d’État a honoré dix de ces femmes auxquelles il décerne le Prix du courage féminin. Nos lauréates représentent un petit échantillon seulement de celles à travers le monde qui se battent pour promouvoir la paix, la sécurité et l’égalité des sexes, mais leur bravoure personnelle reflète l’influence positive que les femmes peuvent avoir quand elles ont les moyens d’agir.

Au Kosovo, la journaliste Arbana Xharra a rédigé une série d’articles d’investigation sur les extrémistes religieux dans son pays. Avec ténacité, elle a mis en évidence des liens avec des organisations terroristes étrangères et nous a aidés à comprendre la montée d’un extrémisme radical qui menace la paix et la prospérité dans le monde. Son exemple a galvanisé une nouvelle génération de journalistes qui pratiquent leur métier dans une démocratie naissante, osant dénoncer l’injustice et la corruption.

En Syrie, la guerre civile et la crise humanitaire déstabilisent une région tout entière. Majd Chourbaji a consacré sa vie à défendre les droits de l’homme et à plaider pour les personnes détenues. Arrêtée et envoyée en prison par le régime Assad pour son action de terrain, elle ne s’est pas laissé démonter : elle a aidé ses codétenues à se battre pour obtenir justice et bénéficier d’une procédure équitable. Ses efforts ont abouti à la libération de 83 prisonnières. Maintenant qu’elle vit au Liban, elle travaille par le biais de centres de l’association Women Now for Development pour aider les réfugiées syriennes à trouver une stabilité économique et sociale en les préparant à participer aux efforts d’établissement de la paix, au niveau tant local que national.

Et en Guinée, des femmes de la trempe de Marie Claire Tchecola sont sur les lignes de front de la lutte contre Ebola. Infirmière aux urgences de l’hôpital Donka situé dans la capitale, Marie Claire Tchecola a pris soin avec dévouement des patients atteints de ce virus, malgré l’absence de moyens de protection de base, sans gants même. Quand elle s’est trouvée infectée, elle a pris des précautions pour protéger les autres soignants et sa famille contre cette maladie – et quand elle a été guérie, elle a repris son travail.

Par son leadership dans l’Association des personnes guéries et affectées d’Ebola (APAGE), elle continue de sensibiliser la population et de combattre la stigmatisation de ceux qui survivent à la maladie.

Chacune à sa façon et dans des pays différents, ces trois femmes se sont heurtées à des obstacles particuliers. Mais toutes, comme les autres lauréates d’Afghanistan, du Bangladesh, de Birmanie, de Bolivie, de la Centrafrique, du Japon et du Pakistan, ont trouvé le moyen de tenir bon, de devenir des agents du changement.

Il est essentiel de faire appel au pouvoir et au potentiel des femmes pour relever les défis de notre monde. Cela a été démontré : quand les femmes et les filles ont accès à l’éducation, aux soins de santé et à l’emploi, leur famille et la société sont plus productives et plus stables. L’inverse est tout aussi vrai : quand les femmes sont exclues et maltraitées, la société en pâtit terriblement.

Nous n’allons donc pas baisser les bras face à ceux qui cherchent à diminuer ou à marginaliser les femmes et les filles. Nous n’acceptons pas que le viol soit un sous-produit des conflits. Nous n’accepterons pas que le mariage précoce et forcé de fillettes soit une norme sociale. Et nous n’oublierons pas celles qui sont ou ont été détenues contre leur gré. Au contraire, nous leur rendons hommage pour le courage qu’elles manifestent face à la brutalité et à l’intimidation.

En cette Journée internationale de la femme – et chaque jour – nous avons le devoir de rester unis et de nous engager ensemble dans le combat pour les droits des femmes et des filles à travers le monde afin qu’elles puissent vivre pleinement leur vie, une vie saine et productive.