John Kerry : La menace qu’est l’EIIL exige une coalition mondiale

Le secrétaire d’État John Kerry (Dept. of State)
Le secrétaire d’État John Kerry (Dept. of State)

L’article d’opinion ci-après, rédigé par le secrétaire d’État John Kerry, a été initialement publié par le New York Times le 29 août. Sa republication n’est assortie d’aucune restriction.

Dans une région polarisée et un monde compliqué, l’État islamique en Irak et au Levant présente une menace unificatrice pour une vaste gamme de pays, dont les États-Unis. Pour contrer sa vision nihiliste et son programme génocide, il faut une coalition mondiale qui use d’outils politiques, humanitaires, économiques, relevant du domaine de l’application de la loi et du renseignement de façon à soutenir la force militaire.

Outre les décapitations, les crucifixions et les autres actes infâmes auxquels il se livre et qui ont coûté la vie à des milliers d’innocents en Syrie, en Irak et au Liban, dont des musulmans sunnites dont il prétend représenter la religion, l’État islamique en Irak et au Levant, ou l’EIIL, comme l’appelle le gouvernement américain, constitue une menace bien au-delà de la région.

L’EIIL trouve son origine dans un groupe qu’on appelait naguère Al-Qaïda en Irak, et qui a à son actif plus de dix ans d’expérience en matière de violence extrémiste. Ce groupe a réuni une force de combat endurcie, composée de djihadistes déterminés et dotés d’ambitions mondiales, exploitant le conflit en Syrie et les tensions sectaires en Irak. Ses leaders ont proféré des menaces à maintes reprises contre les États-Unis, et en mai un terroriste associé à l’EIIL a abattu par balles trois personnes au Musée juif de Bruxelles. (Une quatrième victime est décédée 13 jours plus tard.) Les combattants étrangers au sein de l’EIIL sont une menace croissante non seulement dans la région, mais partout où ils pourraient réussir à voyager sans se faire repérer, y compris en Amérique.

Il s’avère que ces extrémistes, si on les laisse faire, ne vont pas se contenter de la Syrie et de l’Irak. Plus nombreux et mieux financés sous cette nouvelle incarnation, ils ont recours au piratage du pétrole, aux enlèvements et à l’extorsion pour financer leurs opérations en Syrie et en Irak. Ils sont équipés d’armes lourdes sophistiquées qu’ils ont pillées sur le champ de bataille. Ils ont déjà prouvé qu’ils étaient capables de saisir et de conserver plus de territoire que toute autre organisation terroriste dans une région stratégique limitrophe de la Jordanie, du Liban et de la Turquie, et dangereusement proche d’Israël.

Les combattants de l’EIIL ont fait montre d’une sauvagerie et d’une cruauté répugnantes. Alors même qu’ils massacrent des musulmans chiites et des chrétiens en essayant de déclencher un conflit ethnique et sectaire plus large, ils suivent une stratégie délibérée qui consiste à tuer leurs coreligionnaires sunnites pour conquérir et tenir des territoires. La décapitation du journaliste américain James Foley a choqué la conscience du monde.

Avec une riposte unie sous la conduite des États-Unis et de la plus vaste coalition possible de nations, nous ne permettrons pas au cancer de l’EIIL de s’étendre à d’autres pays. Le monde peut affronter ce fléau et, en définitive, le vaincre. L’EIIL est odieux, mais non omnipotent. Nous en avons déjà eu la preuve dans le nord de l’Irak, où les frappes aériennes des États-Unis ont changé la dynamique du combat en fournissant aux forces irakiennes et kurdes l’espace nécessaire pour passer à l’offensive. Avec notre soutien, les dirigeants de l’Irak ont fait cause commune pour former un nouveau gouvernement inclusif, ce qui est essentiel pour isoler l’EIIL et mobiliser l’appui de toutes les communautés irakiennes.

À elles seules, les frappes aériennes ne viendront pas à bout de cet ennemi. Une riposte beaucoup plus complète est exigée de la part du monde. Nous devons soutenir les forces irakiennes et l’opposition syrienne modérée, qui font face à l’EIIL sur les lignes de front. Nous devons perturber et dégrader les capacités de l’EIIL et contrer son message extrémiste dans les médias. Et nous devons renforcer nos propres défenses et notre coopération pour protéger nos ressortissants.

La semaine prochaine, en marge du sommet de l’OTAN au Pays de Galles, le secrétaire à la défense, Chuck Hagel, et moi aurons des entretiens avec nos homologues des pays européens qui sont nos alliés. L’objectif est de fédérer l’assistance la plus vaste possible. Après le sommet, M. Hagel et moi nous rendrons au Moyen-Orient pour rallier des soutiens parmi les pays qui sont les plus directement menacés.

Les États-Unis prendront la relève de la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU en septembre, et nous saisirons cette occasion pour continuer à forger une large coalition et faire ressortir le danger que posent les combattants terroristes étrangers, y compris ceux qui ont rejoint l’EIIL. Pendant la session de l’Assemblée générale, le président Obama conduira une réunion au sommet du Conseil de sécurité dont le but sera de présenter un plan d’action face à cette menace collective.

Dans ce combat, il y a un rôle pour pratiquement chaque pays. Certains fourniront une assistance militaire, directe et indirecte. D’autres apporteront une aide humanitaire dont le besoin se fait désespérément sentir pour les millions de personnes qui ont été déplacées et persécutées à travers la région. D’autres contribueront non seulement à redresser des économies en ruine, mais aussi à rétablir la confiance trahie entre voisins. Cet effort est en cours en Irak, où d’autres pays se sont joints à nous pour fournir une aide humanitaire, une assistance militaire et un soutien à un gouvernement inclusif.

Nos efforts ont déjà rallié des dizaines de pays à cette cause. Certes, les intérêts en jeu varient. Mais aucun pays décent ne peut supporter les horreurs perpétrées par l’EIIL, et aucun pays civilisé ne doit se dérober à sa responsabilité, celle d’éradiquer cette maladie.

Les tactiques odieuses de l’EIIL unissent et rallient des voisins à l’appui du nouveau gouvernement de l’Irak alors que leurs intérêts sont traditionnellement contradictoires. Au fil du temps, cette coalition pourra commencer à remédier aux facteurs sous-jacents qui alimentent l’EIIL et les autres organisations terroristes de son gabarit.

Forger une coalition est un travail difficile, mais c’est la meilleure façon de s’attaquer à un ennemi commun. Quand Saddam Hussein a envahi le Koweït en 1990, le premier président George Bush et le secrétaire d’État James Baker III n’ont agi ni seuls ni à la va-vite. Méthodiquement, ils ont assemblé une coalition de pays dont l’action concertée s’est soldée par une victoire rapide.

Les extrémistes ne sont vaincus que lorsque des nations responsables et leurs peuples s’unissent pour s’opposer à eux.